Bien plus qu'une simple rizière
Le mois dernier, Sigma a annoncé la création d'une nouvelle entreprise agricole spécialisée dans la culture du riz, qui opérera dans la région d'Aizu, au Japon — là même où se trouve son usine de fabrication. Après avoir échangé avec le PDG de Sigma, Kazuto Yamaki, il apparaît clairement que cette décision est profondément ancrée dans un attachement sincère à la famille et à la communauté.
Ce n'est un secret pour personne : Sigma entretient un lien particulièrement fort avec Aizu. Depuis plus d'une décennie, ses campagnes de communication mettent systématiquement en avant cette usine emblématique et les femmes et hommes qui y fabriquent ses optiques désormais légendaires. L'an passé, le lancement de ses premières optiques cinéma dédiées, baptisées « Aizu Primes », illustrait une fois de plus l'importance capitale que représente cette région pour la marque.
Une histoire de famille et de paysages
C'est au salon CP+ de Yokohama que Kazuto Yamaki a accepté de s'exprimer sur les raisons profondes de cette initiative rizicole. Son témoignage est d'une rare intimité.
« Mon père est décédé il y a quatorze ans d'un cancer. Trois à quatre mois avant sa mort, il vivait à Tokyo, mais il tenait absolument à retourner à Aizu à plusieurs reprises. Les week-ends, je l'y emmenais en voiture, mais à un moment, il a vraiment insisté pour qu'on y aille en train », confie Yamaki.
« Il ne m'a jamais dit pourquoi il voulait prendre le train. Mais il regardait le paysage d'Aizu défiler par la fenêtre avec une intensité que je n'oublierai jamais. J'ai compris qu'il voulait contempler ce panorama une dernière fois — les collines, et surtout les rizières. »
Observer son père durant ces derniers moments a profondément renforcé l'attachement de Yamaki à Aizu et à ses paysages.
Des rizières en péril
« Depuis lors, j'aime moi aussi regarder défiler ces paysages depuis le train. Mais au fil des dix dernières années, j'ai constaté avec tristesse que certaines rizières étaient progressivement abandonnées. Le Japon vieillit très rapidement, et les enfants des agriculteurs ne souhaitent plus reprendre les exploitations familiales », explique Yamaki.
Ce constat fait écho à ce que les représentants de Sigma avaient évoqué lors d'une visite de l'usine d'Aizu à l'automne dernier — une mention alors anodine des rizières insuffisamment entretenues faute de main-d'œuvre disponible. Un présage, en quelque sorte, de ce qui allait suivre.
« Je voulais préserver ces rizières. Il y a trois ans, je me suis mis à étudier l'agriculture et la culture du riz. J'ai sollicité l'accord des autres dirigeants de Sigma, et ils ont immédiatement partagé mes préoccupations concernant ces champs abandonnés », poursuit-il.
Un enjeu environnemental et humain
Au-delà de la nostalgie, les motivations de Yamaki sont bien concrètes. Les rizières jouent un rôle écologique fondamental : elles retiennent l'eau et préviennent les inondations et les glissements de terrain. Elles abritent également une faune précieuse — poissons, grenouilles — que Sigma souhaite activement protéger.
« Une fois abandonnées, les rizières attirent des insectes nuisibles et des parasites. Mais il y a aussi une dimension humaine : quand les habitants voient des champs à l'abandon, ils perdent confiance en leur communauté, dont ils sont si fiers. C'est pour préserver ce paysage — et cet esprit de communauté — que nous avons décidé de nous lancer dans la production de riz », affirme Yamaki.
Cette initiative s'inscrit parfaitement dans la politique de développement durable de Sigma, qui prône des pratiques de production plus responsables tout en créant des produits qui inspirent les gens à travers le monde.
Pas un investissement commercial
Soyons clairs : il ne s'agit pas d'une opération rentable. L'objectif principal est de répondre à un besoin réel et de soutenir durablement la région.
« Ce n'est pas une démarche commerciale », précise Yamaki. « Nous allons essentiellement consommer ce riz dans les cantines de notre usine et de notre siège social. Si nous en produisons davantage que nécessaire, j'aimerais éventuellement en vendre à nos clients, mais rien n'est encore décidé. »
Autrement dit, même si du riz estampillé Sigma pourrait un jour voir le jour, ce n'est ni l'objectif premier ni une certitude.
Et le saké Sigma dans tout ça ?
La culture du riz ouvre naturellement la porte à une autre conversation : celle du saké. La région d'Aizu abrite déjà plusieurs distilleries qui marient les eaux exceptionnelles de la région au riz local. Yamaki, amateur reconnu de vin et de saké, avait visiblement anticipé la question : Sigma envisage-t-il de produire du saké grâce à cette nouvelle activité rizicole ?
« Pour le saké, il faut cultiver une variété de riz différente. Donc pas pour cette année. Mais l'idée m'intéresse vraiment pour l'avenir », répond-il en riant.
Une réponse qui laisse la porte grande ouverte — et qui donne une nouvelle dimension au mot « objectif » chez Sigma.













