Un sujet qui fait couler beaucoup d'encre dans le monde de la photo
À chaque sortie d'un nouvel appareil photo, la plage dynamique occupe une place centrale dans les débats sur la qualité d'image. Quand un boîtier affiche des performances exceptionnelles dans ce domaine, c'est la une des actualités photo. Et quand elle régresse au profit d'autres caractéristiques, ça fait tout autant parler. Mais la plage dynamique mérite-t-elle vraiment autant d'attention ?
Dans un récent épisode de la série vidéo d'Adorama intitulée Ask David Bergman, le photographe éponyme ouvre le débat avec une déclaration pour le moins provocatrice : « La plage dynamique, selon moi, c'est surfait. » Cette affirmation constitue une entrée en matière assez explosive sur un sujet aussi vaste que souvent mal compris en photographie numérique. La question était soulevée par une certaine Alisa B., qui demandait : « À chaque annonce d'un nouvel appareil, on parle beaucoup de sa plage dynamique. Mais quelle est sa réelle importance ? »
Qu'est-ce que la plage dynamique, exactement ?
C'est une excellente question. Comme le souligne Bergman, certains photographes adorent « se plonger dans les détails techniques » de la plage dynamique, et c'est effectivement un sujet omniprésent dans les communautés photo en ligne. À titre personnel, j'écris régulièrement sur ce thème et j'en tiens compte lors de l'évaluation des appareils. On peut me classer sans hésitation dans le camp des passionnés de plage dynamique.
La plage dynamique désigne l'écart entre les hautes lumières les plus brillantes et les ombres les plus profondes qu'un capteur peut capturer dans une seule prise de vue tout en conservant un minimum de détail, selon la définition proposée par Bergman. C'est une définition assez large, mais elle traduit bien l'essentiel du concept.
Les tests scientifiques déterminent le seuil à partir duquel le niveau de bruit du capteur et le signal s'équilibrent, puis mesurent la plage dynamique à partir de ce point, généralement exprimée en valeurs d'exposition (IL). Il subsiste toutefois une part de subjectivité. Par exemple, la ressource de référence développée par William Claff utilise ce qu'il appelle la plage dynamique photographique, ou PDR. C'est la mesure la plus souvent retenue dans les analyses sérieuses, car elle paraît plus réaliste et utile que les chiffres avancés par les fabricants eux-mêmes, qui proclament parfois des valeurs absurdes dépassant 15 IL.
La plage dynamique n'est qu'une pièce du puzzle
Il y a énormément à dire sur la mesure de la plage dynamique, mais ce qu'il faut retenir est simple : bien qu'elle soit très intéressante, notamment d'un point de vue technique et d'ingénierie, la qualité d'image ne se résume pas à elle seule. Toutes choses égales par ailleurs, une meilleure plage dynamique est une bonne nouvelle pour les photographes — mais « toutes choses égales par ailleurs » est une condition qui se vérifie rarement dans la pratique.
Dans bien des conversations, la plage dynamique est traitée comme un indicateur global de la qualité d'image. C'est une erreur d'interprétation. Ce n'est qu'un élément parmi d'autres dans l'équation de la qualité d'image, et la qualité d'image elle-même n'est qu'un critère parmi tous ceux qui définissent les performances globales d'un appareil. Étant donné le niveau atteint par pratiquement tous les boîtiers récents, la qualité d'image constitue rarement un vrai facteur de différenciation entre les modèles concurrents.
Ce que les chiffres nous disent vraiment — et ce qu'ils cachent
Prenons cinq des meilleurs appareils plein format selon les données de référence disponibles. Le Sony a7R III, en mode Pixel-Shift Multi-Shot (PSMS), arrive en tête avec un PDR de 12,79. C'est un excellent boîtier, certes, mais ce mode est uniquement utilisable pour des sujets immobiles posés sur trépied, et nécessite un logiciel externe. Vient ensuite le Sony a7 V avec 12,47 de PDR. Un appareil remarquable aux nombreuses fonctionnalités, mais cette valeur n'est atteinte qu'à l'ISO de base avec l'obturateur mécanique. En mode rafale rapide, le déclencheur électronique est obligatoire, ce qui dégrade sensiblement la plage dynamique.
Le Canon EOS R3 se place troisième avec un PDR de 11,91. Un bon résultat pour un appareil phare dédié au sport, doté d'un capteur empilé de 24,1 mégapixels. Mais le sport exige de la vitesse, donc l'obturateur électronique, avec la perte de plage dynamique qui en découle. De plus, Canon intègre une réduction de bruit directement dans ses fichiers RAW, ce qui embellit les scores PDR sans nécessairement préserver tous les détails aux extrêmes. Le Canon EOS R5 suit en quatrième position avec 11,85 de PDR, soumis au même constat.
Le Leica M11 ferme ce top cinq avec un PDR de 11,82, ce qui reste remarquable. Mais il s'agit d'un télémètre très coûteux qui nécessite des optiques manuelles tout aussi onéreuses. Dire que le M11 conviendrait à tout le monde au seul titre de sa plage dynamique serait absurde. L'attrait de cet appareil tient à bien d'autres qualités que ses performances dynamiques.
Les différences réelles sont bien plus minces qu'on ne le croit
En mettant de côté le résultat du Sony a7R III en mode PSMS — qui combine plusieurs images et reste d'un usage très spécifique — l'écart entre le meilleur et le moins bon des appareils cités est en réalité très étroit : de 12,47 à 11,82 de PDR. Et dans cette même fourchette d'environ 0,7 PDR après le Leica M11, on trouve plus de 40 autres appareils plein format testés, dont de nombreux modèles contemporains populaires.
Il faut remonter à près de vingt ans pour trouver des boîtiers plein format avec des PDR inférieurs à 10. Et pourtant, de nombreux photographes ont réalisé des images magnifiques, dignes de galeries, avec ces appareils — comme le Nikon D3, qui affichait un PDR de 9,23. J'ai utilisé ce D3 pendant des années avec bonheur, et il m'est difficile d'attribuer ma progression photographique depuis lors à l'amélioration de la plage dynamique de mes boîtiers.
Richard Butler, spécialiste reconnu du secteur chez DPReview, a très bien résumé la situation en 2023 : « Juger un appareil sur ses seuls chiffres de plage dynamique, c'est un peu comme toucher la queue d'un animal les yeux bandés. On peut deviner certaines choses selon la hauteur et la texture, mais on ne peut pas savoir avec certitude si cette queue est celle d'un éléphant ou d'un âne. »
On ne peut pas savoir si un appareil est bon — ou plus précisément, si c'est le bon appareil pour soi — simplement parce qu'il affiche une plage dynamique impressionnante.
Ce qui compte vraiment sur le terrain
Il est aisé de comprendre pourquoi les photographes souhaitent des boîtiers offrant une bonne plage dynamique. Mais la différence entre « bon » et « excellent » est infime. Ce qui se révèle bien plus utile qu'un léger gain de plage dynamique, c'est de savoir comment exploiter au maximum celle de l'appareil qu'on possède déjà. Cela passe par la prise de vue en RAW haute qualité à l'ISO de base, avec un excellent objectif sur un support stable, et un traitement soigné du fichier en post-production. C'est une série de contraintes, certes, mais pour ceux qui accordent une grande importance à la qualité technique de leurs images, les marges de progression sur le terrain sont considérables.
Bergman conclut sur cette note : « Je ne dis pas que la plage dynamique ne peut pas aider dans certaines situations. Mais parmi tous les problèmes que je rencontre en photographie, presque aucun ne concerne l'impossibilité de récupérer suffisamment de détails dans les ombres. »
« Les vrais problèmes, c'est une lumière ennuyeuse, une lumière plate, une lumière qui vient de tous les mauvais endroits, ou tout simplement un sujet qui ne se détache pas du fond faute d'un éclairage adapté. »
Le contraste, ce n'est pas l'ennemi
Comme le fait remarquer Bergman avec justesse, il arrive qu'on recherche du contraste dans une image. Un noir profond peut parfois magnifier une photo plutôt que la desservir. Il en va de même pour les hautes lumières. Une photo n'est pas automatiquement meilleure parce qu'elle bénéficie d'une plus grande plage dynamique, ni moins bonne parce qu'elle en a une plus étroite.
En définitive, la plage dynamique n'est qu'une façon parmi d'autres de mesurer les prouesses technologiques d'un capteur d'image. C'est un aspect fascinant de l'industrie photographique. Quand un fabricant développe un capteur ou une chaîne de traitement qui offre cinq pour cent de plage dynamique supplémentaire, cela suscite un intérêt technique légitime. Mais plage dynamique ne rime pas avec qualité d'image, et la qualité d'image n'est pas l'alpha et l'oméga d'un appareil photo.













