Quand la gastronomie rencontre la photographie argentique
On peut transformer à peu près n'importe quoi en appareil sténopé — et le photographe Martin Cheung vient d'en apporter une preuve savoureuse en utilisant un canard rôti chinois comme chambre noire. Une démarche aussi inattendue qu'artistiquement engagée.
Ce projet n'est pas totalement nouveau. Cheung avait déjà expérimenté ce concept original dès 2011, avant de le ressusciter récemment lors de séjours à Paris et à Londres.
Une identité culturelle explorée à travers l'objectif d'un volatile
Né à Hong Kong, Cheung a émigré à Melbourne à l'âge de 15 ans. C'est là qu'il prend conscience, pour la première fois, d'être perçu par les autres comme « un Chinois ». « Grandir à Hong Kong m'a toujours donné l'impression d'être un citoyen du monde », confie-t-il.
À 18 ans, il travaille dans une cuisine du Chinatown de Melbourne tout en suivant des études de photographie. C'est dans ce contexte qu'il conçoit l'idée d'explorer son identité à travers son travail artistique.
« Le canard rôti est un symbole de la cuisine chinoise. Je voulais voir comment le canard lui-même percevait le Chinatown », explique-t-il. Il précise également avoir envisagé un cochon de lait, mais le canard s'avère plus accessible — et sa peau rougeâtre présente un avantage technique non négligeable : elle limite les fuites de lumière.
La Tour Eiffel photographiée par un canard, sous le froid de la Saint-Valentin
Installer un canard rôti sur un trépied au pied de la Tour Eiffel, par une froide journée de Saint-Valentin, attire forcément les regards. Cheung se souvient de groupes de passants qui s'approchaient avec des sourires perplexes, sans pour autant engager la conversation. Les Parisiens, à leur habitude, restaient dans une curiosité polie et distante.
L'expérience londonienne s'est révélée bien plus animée. Dans le Chinatown de Londres, un dimanche correspondant au sixième jour du Nouvel An chinois lunaire, la foule venue assister à une danse du lion s'est montrée beaucoup plus interactive et enthousiaste.
Quatre minutes d'exposition et une curiosité débordante
Durant les quatre minutes que dure chaque exposition, Cheung indique qu'une personne sur deux s'arrêtait pour observer la scène et l'interroger sur sa démarche. « Ils étaient venus voir la danse du lion. Ils ne s'attendaient pas à tomber sur le Duckcam », dit-il avec humour.
Si le photographe avoue ressentir une certaine gêne lorsqu'il opère au milieu d'une foule dense, il affirme apprendre progressivement à surmonter sa timidité.
La nourriture comme porte d'entrée vers la culture
« Je crois sincèrement que la plupart des gens découvrent une culture à travers sa cuisine », déclare Cheung. Fort de cette conviction, il entend bien poursuivre ses aventures avec le Duckcam au fil de ses voyages à travers le monde.
Il conclut avec une invitation chaleureuse : « La prochaine fois que vous verrez quelqu'un avec un canard rôti sur un trépied, venez me dire bonjour. »
Crédit photo : Martin Cheung













