Le Pentagone ferme ses portes aux photographes après des clichés jugés défavorables
Le Pentagone a décidé d'interdire l'accès aux photographes de presse dans la salle de conférence après que plusieurs médias ont publié des photos qualifiées d'« peu flatteuses » par les représentants du secrétaire à la Défense Pete Hegseth.
Ce qui s'est passé lors de la conférence du 2 mars
Des photographes de l'Associated Press, de Reuters et de Getty Images ont immortalisé Hegseth lors d'une prise de parole face aux médias, à l'issue d'une conférence de presse organisée le 2 mars avec le président des chefs d'état-major interarmées. Ce type de couverture photographique est tout à fait habituel pour les événements officiels du gouvernement.
Pourtant, l'entourage du secrétaire aurait exprimé son mécontentement quant à l'image renvoyée par ces clichés. Résultat : les photographes se sont vus refuser l'accès aux briefings du 3 mars et du 10 mars.
Une décision qui soulève de graves questions constitutionnelles
Cette mesure a immédiatement déclenché de vives inquiétudes concernant le Premier Amendement. La National Press Photographers Association (NPPA) estime qu'exclure des journalistes au motif que leur travail fidèle déplaît aux autorités constitue « une discrimination fondée sur le point de vue et une tentative de contrôler le registre visuel de l'activité gouvernementale ».
Mickey H. Osterreicher, conseiller juridique de la NPPA, a été catégorique : « Les photojournalistes ne sont pas des attachés de presse, et leur rôle n'est pas de produire des portraits flatteurs de fonctionnaires. Leur mission consiste à documenter les événements avec fidélité, tels qu'ils se produisent. »
La réponse du Pentagone : des photos officielles à la place
Kingsley Wilson, porte-parole du Pentagone, a justifié la décision en affirmant que « les photographies des briefings sont immédiatement mises en ligne à disposition du public et de la presse ». Il a même ajouté que si cela nuit au modèle économique de certains médias, ces derniers devraient « envisager de faire une demande d'accréditation presse auprès du Pentagone ».
Cette position marque une rupture nette avec les pratiques habituelles de transparence médiatique dans les institutions gouvernementales américaines.
Un contexte déjà tendu avec la presse
L'année précédente, le Pentagone avait instauré une nouvelle règle obligeant les médias à signer un accord leur interdisant de publier des informations du département de la Défense sans autorisation explicite. Plusieurs rédactions avaient refusé de signer ce texte, perdant ainsi leurs accréditations. Une exception avait toutefois été accordée pour la conférence du 2 mars.
Les professionnels du photojournalisme montent au créneau
Alex Garcia, président de la NPPA, n'a pas mâché ses mots : « Exclure des photographes des briefings du Pentagone parce que des responsables n'aimaient pas la façon dont les images publiées les représentaient témoigne d'un sens des priorités alarmant, en pleine période de guerre. Pour un fonctionnaire au service du public, ce n'est vraiment pas une bonne image. »
La NPPA a appelé les rédactions à refuser de diffuser les photographies officielles du gouvernement pour tout événement dont les journalistes auraient été exclus pour des raisons liées au contenu de leurs reportages.
Un appel à rétablir l'accès libre des photographes accrédités
L'association a également demandé au département de la Défense de restaurer immédiatement l'accès complet aux photographes de presse accrédités. Elle réclame en outre une réaffirmation de l'engagement du Pentagone envers la transparence et le rôle fondamental que jouent les journalistes indépendants dans la documentation des actions gouvernementales au nom du public.
« Une presse libre ne peut pas fonctionner si les responsables gouvernementaux décident que seules les images favorables peuvent être créées ou diffusées », conclut la NPPA. Le public, rappelle l'organisation, a le droit à un témoignage visuel indépendant de ce que fait son gouvernement — et non à une sélection soigneusement triée par ceux qui détiennent le pouvoir.













