Un pneu de tracteur suspendu par un fil de soie
Lorsque le National Geographic Magazine a décidé de raconter l'histoire de la « supersoie » issue du génie biologique, ses équipes ont imaginé une démonstration aussi visuelle que spectaculaire pour en prouver la solidité.
Dans leur studio, ils ont suspendu au plafond un pneu de tracteur de 77 kilogrammes, maintenu uniquement par une boucle de soie. Le numéro de mars consacre une photo d'une page et demie à cette expérience, avec la légende suivante : « La capacité quasi miraculeuse de la supersoie à s'étirer sans se rompre est mise à l'épreuve dans le studio photo de National Geographic par l'ingénieur photo Eric Flynn, qui a suspendu un pneu de tracteur de 77 kg à une boucle de soie Kraig Biocraft pesant à peine 10 grammes. » (Photo : Mark Thiessen)
Oui, vous avez bien lu. Cette publication centenaire, célèbre pour ses photographes de renom, met en avant un expert technique qui œuvre dans l'ombre.
La supersoie : cinq fois plus résistante que l'acier
Le reportage de couverture du numéro de mars — signé par Rowan Jacobsen avec des photographies de Justin Jin — pose une question fascinante : « Un matériau organique cinq fois plus résistant que l'acier ? Il existe dans la nature, mais il nous a toujours été impossible de le fabriquer. Grâce aux avancées du génie génétique, nous en avons créé quelque chose de très proche : la supersoie. Et elle est sur le point de révolutionner bien plus que nos vêtements. »
Pour illustrer concrètement cette résistance exceptionnelle, l'équipe de National Geographic a dû trouver le bon objet. Une enclume de 90 kg ? Trop petite visuellement. C'est finalement un pneu de tracteur, emprunté à un garage local, qui a été roulé jusqu'au studio.
Comment l'ingénieur photo s'est retrouvé dans le magazine
Eric Flynn, le technicien en charge de la mise en scène, explique la genèse de cette image surprenante :
« Mark Thiessen, photographe du staff de National Geographic, voulait trouver un moyen de mettre en valeur la résistance de la supersoie. Le vrai défi était une question d'échelle. On a opté pour un grand pneu parce que son poids était idéal, et visuellement, il était bien plus impressionnant qu'une enclume de 90 kg. »
Mais une fois le pneu suspendu, un nouveau problème est apparu. « Sans élément de référence dans le cadre, le pneu ne semblait pas vraiment grand. Jusqu'à ce moment-là, je restais hors champ et je repositionnais le pneu entre chaque prise. Après avoir envisagé d'autres objets à inclure dans l'image, ils ont réalisé quelques clichés tests avec moi dans le cadre — et c'est ce concept que la directrice photo a finalement retenu. »
Dans les premières pages du numéro de mars, Flynn apparaît également sur une photo de format 7×10 cm aux côtés des photographes du staff, au moment où ils hissent le pneu pour la séance.
Qui est Eric Flynn, ingénieur photo ?
Flynn se décrit lui-même comme un « passionné d'appareils photo, toujours partant pour parler de matériel photographique ». Son parcours est atypique : il a d'abord travaillé plusieurs années comme assistant en éducation spécialisée dans une école primaire.
En 2021, il obtient un master à la School of Visual Communication de l'Ohio University. L'année suivante, en 2022, il rejoint National Geographic à Washington D.C. en tant qu'ingénieur photo technologiste.
Sa mission au sein de la rédaction est claire : « Simplifier le travail de nos photographes et les aider à produire les images les plus percutantes possible. »
Des projets techniques aussi variés qu'ambitieux
Le travail d'Eric Flynn va bien au-delà des studios. Parmi ses réalisations notables chez National Geographic :
- L'installation de caméras télécommandées pour le lancement de la fusée Artemis I
- La conception d'un robot utilisé par la photographe Jen Guyton pour photographier des hyènes en milieu naturel
- Le soutien technique sur le terrain pour Babak Tafreshi et Aaron Huey lors de la couverture de l'éclipse solaire de 2024
Derrière chaque image emblématique de National Geographic se cache souvent un travail d'ingénierie méconnu. Eric Flynn en est la preuve vivante — et désormais visible — dans les pages du magazine.













