Meta poursuivie en justice après que des employés ont visionné des moments privés captés par ses lunettes IA

Une action collective contre Meta pour violation de la vie privée

Meta se retrouve au cœur d'une action collective liée à ses lunettes connectées à intelligence artificielle. Les plaignants affirment que l'entreprise a induit les consommateurs en erreur sur la manière dont les vidéos capturées par ces appareils pouvaient être examinées par des tiers.

La plainte a été déposée le 4 mars devant un tribunal fédéral de San Francisco. Elle repose sur l'accusation que les campagnes marketing de Meta ont exagéré les protections de confidentialité intégrées dans ses lunettes connectées Ray-Ban Meta.

Des travailleurs au Kenya visionnaient des scènes intimes

Cette procédure judiciaire fait suite à un rapport publié par le quotidien suédois Svenska Dagbladet, selon lequel des séquences filmées avec ces lunettes étaient visionnées par des sous-traitants basés au Kenya. Ces derniers avaient pour mission d'étiqueter des objets dans des extraits vidéo destinés à entraîner les systèmes d'IA de Meta.

Selon ce rapport, ces travailleurs ont été confrontés à des scènes particulièrement sensibles et intimes enregistrées à l'insu des personnes filmées. Parmi les contenus décrits figuraient des visites aux toilettes, des rapports sexuels et d'autres moments strictement privés.

Un pipeline de surveillance dissimulé, selon la plainte

La plainte soutient que Meta n'a jamais informé ses utilisateurs du rôle joué par des examinateurs humains dans son processus d'entraînement de l'IA. Le document juridique indique explicitement que l'entreprise aurait diffusé une publicité mensongère tout en dissimulant le lien entre la collecte de données et son pipeline d'IA.

« Cette action collective nationale vise à tenir Meta responsable de sa publicité délibérément fausse et de son manquement à divulguer la véritable nature de la surveillance et son lien avec le pipeline de collecte de données IA de l'entreprise », précise la plainte.

Deux acheteurs trompés par la promesse de confidentialité

L'affaire a été portée devant la justice par le cabinet Clarkson Law Firm. Deux plaignants sont nommés : Gina Bartone, du New Jersey, et Mateo Canu, de Californie. Tous deux ont acheté les lunettes après avoir été exposés à des communications commerciales vantant des appareils « conçus pour respecter la vie privée ».

Selon la plainte, ils se sont fiés à ces affirmations et déclarent qu'ils n'auraient jamais acquis le produit s'ils avaient su qu'une partie des vidéos captées pouvait être examinée par des prestataires extérieurs. La plainte réclame des dommages et intérêts ainsi que des mesures injonctives.

Des risques graves pour les utilisateurs

Les termes employés dans la plainte sont particulièrement sévères à l'égard de Meta. Le document affirme que le processus de vérification humain non divulgué « transforme le produit d'un appareil personnel en un vecteur de surveillance » et expose les consommateurs à des risques sérieux.

Parmi ces risques, la plainte cite expressément : la détresse émotionnelle, le harcèlement, l'extorsion, le vol d'identité et le préjudice à la réputation. Elle précise également que des travailleurs ont déclaré avoir visionné des numéros de carte bancaire, de la nudité, des actes sexuels et des visages identifiables dans les extraits examinés.

La réponse de Meta : des garanties contestées

Meta n'a pas réagi directement à la plainte, mais a reconnu que des examinateurs humains pouvaient intervenir dans certains cas. Un porte-parole de l'entreprise a déclaré que les lunettes Ray-Ban Meta permettent aux utilisateurs de recourir à l'IA en mode mains libres, et que les médias capturés restent sur l'appareil de l'utilisateur tant qu'il ne choisit pas de les partager.

« Lorsque des personnes partagent du contenu avec Meta AI, nous faisons parfois appel à des prestataires pour examiner ces données dans le but d'améliorer l'expérience utilisateur, comme le font de nombreuses autres entreprises. Nous prenons des mesures pour filtrer ces données, protéger la vie privée des utilisateurs et éviter que des informations permettant leur identification ne soient examinées », a ajouté le porte-parole.

Cependant, des travailleurs impliqués dans ce processus ont affirmé que ces systèmes de filtrage ne fonctionnent pas de manière fiable et n'empêchent pas systématiquement l'affichage de contenus privés dans les séquences qu'ils analysent.

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