La Photo de Robert Capa a Rendu ce Bâtiment Célèbre, et son Avenir Divise

Un immeuble madrilène au cœur d'une dispute historique

Un désaccord profond vient d'éclater entre les autorités municipales de Madrid et l'International Center of Photography au sujet du destin d'un bâtiment immortalisé par une célèbre photographie de Robert Capa.

Le 10 rue Peironcely, dans la capitale espagnole, a été visité par Capa en 1936, peu après qu'un bombardement mené par les forces fascistes italiennes et allemandes — venues soutenir le dictateur Francisco Franco — eut ravagé le quartier pendant la guerre civile espagnole.

Une image qui a traversé les décennies

Le cliché en question montre trois enfants assis parmi les décombres d'une rue dévastée, tandis que le bâtiment derrière eux est criblé d'impacts d'éclats d'obus et semble sur le point de s'effondrer. Ce qui rend cette photographie si saisissante, c'est le contraste frappant entre la destruction ambiante et les visages souriants de ces enfants, apparemment insouciants du chaos qui les entoure.

Chose remarquable : le bâtiment du 10 rue Peironcely existe toujours. Ses habitants ont été relogés depuis, les conditions de vie y étant devenues insalubres. L'ancienne municipalité de Madrid avait prévu d'y aménager un pôle culturel dédié à l'œuvre de Robert Capa, ainsi qu'un musée consacré aux bombardements perpétrés par l'Allemagne nazie et l'Italie de Mussolini durant la guerre civile.

Un nouveau projet municipal qui fait polémique

Mais un conseil municipal renouvelé a remis en cause les plans de ses prédécesseurs. La nouvelle équipe a annoncé son intention d'ouvrir le Centre de Expérimentation Culturelle Robert Capa, un espace destiné à offrir aux enfants et jeunes défavorisés la possibilité de développer leur créativité et leurs compétences artistiques. Le projet prévoit toutefois un espace modeste consacré à la photographie historique de Capa.

C'est précisément ce changement de cap qui a provoqué la colère de l'International Center of Photography (ICP), l'organisation chargée de gérer l'héritage du photographe. L'ICP a fermement déclaré qu'il n'autorisera, n'approuvera ni ne permettra « l'utilisation du nom, de l'image ou de l'héritage photographique de Robert Capa pour quelque centre, exposition ou projet que ce soit situé au Peironcely 10 ».

Deux visions irréconciliables pour un même lieu

L'ICP souhaite que ce soit la plateforme Sauvons Peironcely 10, un collectif local qui milite depuis de nombreuses années pour la préservation du bâtiment, qui pilote le projet. Cette position reflète une volonté de maintenir le lien direct entre l'histoire du lieu et la mémoire de Capa.

De son côté, la mairie de Madrid affirme qu'elle respectera l'héritage du photographe, mais soutient que la vocation du nouveau centre prime sur la question du nom. Dans un communiqué, les autorités ont précisé leur ambition :

« Le nouvel espace a vocation à devenir un centre d'expérimentation culturelle, notamment pour les enfants et les jeunes en risque d'exclusion sociale, en leur offrant des outils pour développer leur créativité et utiliser la culture comme vecteur d'inclusion, d'apprentissage et d'opportunités. »

Le bras de fer entre la ville de Madrid et l'ICP est donc loin d'être terminé, et l'avenir de ce bâtiment chargé d'histoire reste, pour l'heure, incertain.

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