Xiaomi 17 Ultra : Un Appareil Photo qui se trouve aussi être un Smartphone

Un géant technologique encore méconnu en Occident

L'industrie technologique chinoise est un colosse mondial, pourtant de nombreux produits passionnants restent largement inaccessibles en Amérique du Nord. Si les optiques d'origine chinoise se sont imposées sur le marché occidental, les smartphones du même pays demeurent presque totalement absents des rayons.

Xiaomi est une entreprise titanesque qui fabrique aussi bien de l'électronique grand public que des véhicules électriques, sans oublier bien sûr les smartphones. Son dernier fleuron, le Xiaomi 17 Ultra, vient d'être lancé à l'international — et nous avons eu la chance d'en faire l'expérience en avant-première, directement en Chine intérieure.

Transparence : Xiaomi a pris en charge les frais de déplacement pour permettre une prise en main du Xiaomi 17 Ultra. Aucune rémunération n'a été versée pour cette couverture, et Xiaomi n'a pas eu accès aux conclusions de cet essai en avance. Les opinions exprimées ici sont entièrement indépendantes.

Premier contact : une expérience de prise en main qui change tout

Utilisé nu, sans accessoire, le Xiaomi 17 Ultra souffre des mêmes défauts ergonomiques que la quasi-totalité des smartphones : absence de déclencheur dédié, interface parfois peu intuitive, prise en main peu satisfaisante pour un photographe exigeant. Il n'y a même pas de bouton d'obturateur physique — on se retrouve à utiliser une touche de volume ou l'écran tactile.

Xiaomi propose bien un étui fin intégrant un déclencheur basique, mais c'est le grip professionnel qui transforme radicalement l'expérience. Conçu principalement pour la variante Leitz Phone du 17 Ultra, il est entièrement compatible avec le modèle standard testé ici.

La poignée professionnelle : un vrai changement de paradigme

La poignée offre une prise en main contournée très confortable, un anneau pour dragonne, et un port USB-C dédié à la recharge. Attention toutefois : ce port ne permet pas encore le transfert de données, ce qui oblige à retirer la poignée pour télécharger des images ou brancher un microphone externe.

En contrepartie, elle ajoute 2 000 mAh de capacité supplémentaire à la batterie déjà généreuse de 6 000 mAh intégrée au téléphone. En pratique, une journée complète de prise de vue laissait la batterie à 80-90 % de charge.

Des commandes physiques dignes d'un vrai appareil photo

La poignée embarque une molette de commande configurable — utilisée ici en correction d'exposition — qui rappelle véritablement le maniement d'un appareil argentique. Le déclencheur fileté accepte un déclencheur souple (fourni en rouge et en noir). Il y a aussi un levier de zoom, un peu lent mais fonctionnel.

La prise en main à une main devient naturelle, le pouce accédant librement à tous les réglages via l'écran tactile. Mon seul reproche : la zone tactile permettant de basculer en mode selfie ou vidéo se déclenche trop facilement en tenant la poignée. Un réglage logiciel s'impose.

L'écran et l'interface : à la hauteur des ambitions

Le Xiaomi 17 Ultra est équipé d'un écran OLED de 6,9 pouces avec une luminosité crête de 3 500 nits, compatible HDR10+ et Dolby Vision, avec un taux de rafraîchissement de 120 Hz. Parfaitement lisible en plein soleil, il ne pose aucun problème lors de sessions photo en extérieur.

L'interface de l'application caméra est bien pensée. En mode Pro, j'ai opté pour une vitesse d'obturation manuelle combinée à un ISO automatique, couvrant ainsi toutes les situations rencontrées. Le processeur Snapdragon 8 Elite assure une fluidité sans faille.

Comment le Xiaomi 17 Ultra photographie-t-il vraiment ?

Notre périple à travers la Chine — des ruelles animées de Chongqing aux panoramas himalayens à la frontière du plateau tibétain, en passant par les venelles de Chengdu — a constitué un terrain d'essai exceptionnel. Action, portraits, paysages nocturnes : tout y est passé, sans jamais céder à la tentation de sortir le Leica M11 pourtant glissé dans le sac.

Trois capteurs aux profils très distincts

Le système optique du 17 Ultra regroupe trois capteurs dans un élégant module circulaire :

  • Ultra grand-angle : capteur 50 Mpx de type 1/2,88", objectif 14 mm équivalent plein format, ouverture f/2,2.
  • Caméra principale : capteur 50 Mpx de type 1" avec technologie LOFIC (Lateral Overflow Integration Capacitor), objectif 23 mm à f/1,67. Ce capteur capture une image unique avec plusieurs étages de collecte lumineuse pour maximiser la plage dynamique — sans empilement d'expositions multiples.
  • Téléobjectif zoom : capteur 200 Mpx de type 1/1,4", objectif zoom APO certifié Leica, couvrant une plage focale de 75 à 100 mm avec des ouvertures allant de f/2,39 à f/2,96. C'est le module favori pour la photographie de rue.

La mise au point : rapide, mais perfectible

La rapidité de mise au point du 17 Ultra dans les rues chinoises est impressionnante. La détection des visages fonctionne très bien, et la mise au point sur le sujet le plus proche est généralement fiable. Il manque cependant la possibilité de définir un point de mise au point fixe pour recomposer ensuite — une lacune notable pour la photographie de rue.

Le mode rafale : un oubli incompréhensible

En mode Pro, il n'existe pas d'option de rafale. Pour capturer une séquence d'action, il faut basculer vers le mode photo automatique de base. Un oubli qui peut coûter des moments décisifs.

RAW uniquement pour la caméra principale

Seule la caméra principale propose des fichiers RAW DNG en 50 Mpx. Les capteurs ultra grand-angle et téléobjectif n'offrent que des JPEG compressés à 50 Mpx, soit des RAW réduits à 12,5 Mpx — une limitation frustrante pour les photographes exigeants.

Par ailleurs, le zoom numérique 2x sur la caméra principale — qui donne une focale intermédiaire très agréable — n'est pas accessible en mode Pro. Un angle mort embarrassant dans la plage focale disponible.

Les profils colorimétriques : un vrai point fort

Les profils intégrés sont l'une des grandes réussites du 17 Ultra. Les modes Leica BW livrent des noirs et blancs d'une richesse remarquable. Le profil Xiaomi Scarlet apporte une touche dramatique très séduisante. Entre le mode Leica Authentique (contraste et saturation réduits) et Leica Vibrant (plus saturé mais réservé aux JPEG haute résolution), la distinction est moins évidente en pratique.

Les fichiers RAW de la caméra principale offrent quant à eux une latitude d'édition confortable, avec une récupération des hautes lumières et des ombres très honorable.

Xiaomi 17 Ultra : des capacités vidéo ambitieuses

Sur le papier, la section vidéo est impressionnante. L'enregistrement en 4K 10 bits 4:2:0 avec profil Log est disponible, accompagné de LUTs intégrés aux noms évocateurs : Classic, Cool et 709. Ce dernier peut même être exporté pour être appliqué à des séquences extérieures.

Des lacunes sérieuses à corriger

Malgré ces atouts, plusieurs points noirs assombrissent le tableau :

  • Absence du 24p et des cadences PAL (25p) : seuls le 30p, 60p et 120p sont disponibles. En Chine — pays utilisant le standard PAL — de nombreuses séquences ont souffert de flickering prononcé, les rendant inutilisables.
  • Le waveform et l'histogramme mesurent la LUT et non le Log : si vous activez une LUT en aperçu pendant l'enregistrement Log, vos outils d'exposition deviennent trompeurs.
  • Le mode 8K 30p désactive tous les contrôles manuels ainsi que l'enregistrement Log, vous cantonnant à un pilotage entièrement automatique.
  • Le port USB-C de la poignée ne supporte pas les données : impossible de brancher un microphone externe ou un SSD sans retirer la poignée.

Ce qui fonctionne très bien en vidéo

La stabilisation optique IBIS est remarquable : six stops certifiés CIPA pour la caméra principale, cinq pour le téléobjectif. Les plans en mouvement restent fluides et exploitables. La caméra principale et le téléobjectif offrent un rendu cinématographique convaincant avec une belle profondeur de champ. L'ultra grand-angle, en revanche, manque de piqué en basse lumière.

La fonction Exposure Index (EI) mérite d'être mentionnée : elle rehausse intelligemment les zones d'ombre sans cramper les hautes lumières, particulièrement utile en contre-jour ou en ville la nuit.

Le ralenti ultra-lent à plus de 1 980 images par seconde en 1080p est spectaculaire sur le papier, mais la qualité reste décevante — des trames générées numériquement trahissent leurs origines. Clairement orienté réseaux sociaux.

Une expérience photographique véritablement immersive

Au terme de ce voyage à travers la Chine, une certitude s'impose : le Xiaomi 17 Ultra associé à sa poignée professionnelle constitue l'expérience de photographie sur smartphone la plus proche de celle d'un hybride que j'aie jamais vécue.

La créativité était au rendez-vous. La colorimétrie est somptueuse. La réactivité du système permet de saisir presque tous les instants décisifs. Et jamais je n'ai eu le sentiment que cet appareil me limitait dans mes ambitions photographiques — ce qui, pour un smartphone, relève presque de l'exploit.

Existe-t-il des alternatives ?

Les derniers modèles d'Apple et de Google produisent indéniablement de très belles images. Mais aucun ne propose, dès la sortie de la boîte, une expérience aussi cohérente et complète pour la photographie avancée. Il faudrait compter sur des applications tierces et des accessoires de grip dont l'intégration reste aléatoire.

Il convient aussi de mentionner l'écosystème riche des smartphones chinois haut de gamme — dont beaucoup n'ont pas encore été testés ici — qui pourrait réserver des surprises comparables.

Faut-il l'acheter ?

Oui, sans hésiter — sous réserve de disponibilité dans votre région. En Amérique du Nord, l'accès restera limité pour l'instant. Mais pour le reste du monde où ce produit sera distribué, le Xiaomi 17 Ultra se comporte et délivre comme un véritable appareil photo. Les quelques imperfections logicielles identifiées devraient pouvoir être corrigées par des mises à jour futures. Si Xiaomi s'en donne la peine, ce smartphone deviendra une référence absolue dans sa catégorie.

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